jeudi 18 décembre 2014

Pétition à signer d'urgence

ASSOCIATION ARUANA                                                                    Décembre 2014
 



                                                            


PETITION POUR LA SURVIE DES PEUPLES INDIGENES DU BRESIL
 

Les peuples indigènes du Brésil sont en danger de disparition ! Déforestation à grande échelle, monocultures d'exportation pour l'élevage industriel (soja en particulier), agrocarburants : l'exploitation à grande échelle du territoire et de ses ressources naturelles a pour conséquence d'accaparer de nombreuses terres, d'en chasser les habitants, de détruire la végétation et ses produits vitaux pour les peuples indigènes (matériaux de construction, alimentation, remèdes, artisanat), de réduire le gibier, polluer l'eau des rivières. De nombreux chefs de communautés et des militants écologistes ont été tués récemment.
Le gouvernement vient d'autoriser la construction d'un grand barrage sur le fleuve Xingu malgré les nombreux problèmes environnementaux, malgré l'opposition des Amérindiens, dont le chef Raoni est fer de lance. 12 autres projets de barrages sont en projet ou en cours d'autorisation. Plusieurs fleuves doivent être transformés en voie navigable pour transporter le soja ou les agrocarburants. La loi sur la forêt votée récemment va permettre la destruction d'une bonne partie de l'Amazonie en octroyant une amnistie à tous les délinquants depuis 2006. Mais l'Amazonie n'est pas la seule région à être soumise à la destruction. Sa voisine, appelée le Cerrado, aussi grande que l'Europe, doit être transformée en vastes champs au détriment des 1000 espèces d'arbres de savane aux propriétés médicinales.

Nous, signataires de cette pétition, demandons aux autorités brésiliennes :
  • de respecter et faire respecter les droits des peuples Amérindiens garantis par la Constitution
  • d'assurer que leur avis soit dûment pris en compte
  • d'arrêter la déforestation massive et la perte des ressources naturelles
  • de faire évaluer les projets d'infrastructures à la lumière des principes du développement durable que le Brésil a adoptés en 1992 lors de la Conférence de Rio.

                   Nom               Nationalité                     Adresse                                   Signature






























































Merci de renvoyer cette pétition à l'adresse de l'association :
Association Aruana 7, rue de Cronenbourg 67300 Schiltigheim
                                                                             
Vous pouvez aussi envoyer votre pétition remplie ou une lettre personnalisée à l'Ambassade du Brésil
34 cours Albert 1er      75008 Paris

lundi 24 novembre 2014

Une pétition à signer - d'avance merci !


ICRA News

Máxima Acuña de Chaupe est une héroïne malgré elle. Cette modeste paysanne péruvienne aurait bien aimé continuer à cultiver ses quatre hectares de terres sur les hauts plateaux andins et à vendre ses récoltes de pommes de terres sur le marché local. Mais, pour avoir refusé de vendre son terrain à une puissante multinationale, elle est devenue un symbole de la résistance à l’exploitation minière dans son pays.

Depuis plusieurs années, la compagnie minière Yanacocha essaie de mettre en œuvre le projet Conga, une extension de la plus grande mine d’or à ciel ouvert d’Amérique du Sud. Elle fait tout son possible pour acquérir les terres des populations locales, quitte à enfreindre leurs droits. Máxima a toujours refusé de céder à l’entreprise les terres qui fournissent les moyens de subsistance à sa famille. Et elle paie très cher ce refus.

Harcèlement de la police et de la société minière

Selon les médias locaux, la police péruvienne et ses forces spéciales (DINOES) mènent une grande campagne d’intimidation à l’encontre de Máxima et de sa famille : passages à tabac, meurtre de leur chien, occupation de leurs terres, destruction de leur maison… La famille a dû ainsi dormir dehors à 3.600 m d’altitude le temps de reconstruire une bâtisse avec l'aide de parents et d'amis.

De son côté, Yanacocha a porté plainte contre la paysanne qui détient le titre de propriété de ce terrain depuis 1994. Le 5 Août 2014, un juge a pourtant condamné Máxima et sa famille à deux ans et huit mois de prison avec sursis, à verser près de 1 500€ de dommages et intérêts à la société minière et à évacuer immédiatement leurs terres.

Le jugement prononcé n’a pourtant pas de fondement juridique. Les documents fournis par Máxima Acuña attestent qu’elle est bien la propriétaire légale de ses terres. En revanche, l’entreprise n’a pas été capable de prouver ses accusations, laissant supposer la fausseté de ces dernières.

L’admirable courage de Máxima ne suffit plus face à cet acharnement. Elle a besoin de votre soutien.

ICRA soutien la campagne lancée par Sauvons la forêt et vous demande de signer la pétition qui exige l'annulation du jugement et l'arrêt des persécutions et des menaces à l'encontre de Mme Máxima Acuña et de sa famille ainsi que l'indemnisation de celles-ci pour les injustices qu’elles ont subies.


La compagnie minière Yanacocha

Yanacocha SRL est une entreprise en participation (ou joint venture) détenue conjointement par l’entreprise étasunienne Newmont Mining Corporation (51,35 %), la société minière péruvienne Buenaventure (43,65 %) et la Banque Mondiale (5 %) par l’intermédiaire de la Société financière internationale (SFI).

La compagnie minière exploite la plus grande mine d’or d’Amérique du Sud  au nord de la ville de Cajamarca sur les hauts plateaux des Andes péruviennes à environ 4 000 mètres d’altitude. Les gisements d’or de cette mine qui porte aussi le nom de Yanacocha ont été découvert au début des années 80 par un établissement public français, le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM).

L’extraction de l’or nécessite d’immenses quantités d’eau pour le rinçage des métaux. Les déchets hautement toxiques sont emportés par les cours d’eau, ce qui est d’autant plus grave car la mine Yanacocha est à ciel ouvert et située dans le cours supérieur de plusieurs grands fleuves. En l'an 2000, un camion de la société minière avait perdu 150 kg de mercure sur une route du district de Choropampa, causant l'intoxication d’au moins 1 000 personnes.

Le projet Conga

Au cours des dernières années, la production de la mine de Yanacocha a fortement baissé. En réaction, la société cherche à exploiter un nouveau gisement d'or proche de celle-ci. Ce projet, appelé Conga, est en fait une extension de la mine existante. Les habitants et les organisations écologistes luttent ardemment contre ce nouveau projet qui non seulement menace les moyens de subsistance des populations locales mais pourrait aussi contaminer les lacs de montagne, c’est-à-dire la source d'approvisionnement en eau potable de la région. Plusieurs opposants au projet minier ont perdu la vie à cause des violences policières.
Sauvons la forêt
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jeudi 18 septembre 2014

EDF construit des barrages en AMAZONIE !


ICRA News

Il en était question depuis plusieurs mois. EDF vient d’officialiser son arrivée dans le secteur ô combien controversé des grands barrages en Amazonie brésilienne. Le groupe énergétique français a racheté 51% des parts du consortium chargé de construire le barrage de Sinop, dans le bassin du Rio Tapajós, un affluent de l’Amazone. En ligne de mire pour EDF, les enchères pour deux autres barrages encore plus importants dans la même zone, São Luiz do Tapajós et Jatobá. Au même moment, une étude réalisée sur le barrage de Nam Theun 2 d’EDF au Laos vient confirmer les craintes des environnementalistes quant à l’impact climatique réel des grands barrages tropicaux.

Le journal officiel du Brésil vient de confirmer l’acquisition par le groupe énergétique français EDF de 51% des parts du consortium chargé de construire le barrage de Sinop (400 MW), sur le rio Teles Pires, dans le bassin du rio Tapajós.

Comme l’Observatoire des multinationales l’avait expliqué il y a plusieurs mois (lire Brésil, Guyane : EDF se lance dans les grands barrages amazoniens), cela fait quelque temps qu’EDF souhaite se lancer dans le secteur des grands barrages amazoniens, malgré les controverses environnementales, la résistance des populations indigènes et les questions quant à l’impact de ces projets en termes de droits humains.

Des barrages encore plus importants en ligne de mire

Au-delà du cas emblématique du barrage de Belo Monte, ce sont des dizaines de nouveaux barrages que le gouvernement brésilien et les intérêts industriels souhaitent construire en Amazonie, notamment dans le bassin du rio Tapajós. Celui-ci, encore relativement préservé, abrite une biodiversité unique et des dizaines de milliers d’indigènes. Une ONG estime que la construction des barrages y entraînera directement ou indirectement la perte de 950 000 hectares de forêt vierge.

Le gouvernement brésilien vient d’ailleurs de confirmer que les enchères pour le plus gros barrage projeté dans la zone - São Luiz do Tapajós (6100 MW) - se tiendront bien le 15 décembre 2014, pour une mise en service en 2019-2020. Les enchères pour le barrage de Jatobá (2300 MW) devraient suivre.

EDF (tout comme d’ailleurs GDF Suez) est un candidat déclaré à la construction de ces nouveaux mégabarrages. Les deux entreprises françaises ont d’ailleurs participé - dans des conditions très problématiques (lire Barrages amazoniens : comment EDF et GDF Suez « étudient » les territoires indigènes avec l’appui de l’armée) - au groupement d’entreprises chargé d’en réaliser les études d’impact.

Les grands barrages tropicaux ne sont pas “propres”

EDF ne communique presque pas publiquement en France sur ses ambitions internationales dans le domaine hydroélectrique, Outre l’Amazonie brésilienne, le groupe public est impliqué dans des projets en Afrique contestés par la société civile, notamment au Mozambique et au Cameroun.

Ces investissements d’EDF - qui ne fait d’ailleurs qu’émuler sa rivale GDF Suez, largement plus impliquée dans le secteur des grands barrages brésiliens - se justifient-ils au moins du point de vue de la lutte contre le changement climatique et de la promotion d’une énergie « propre » ?

Hélas, une étude du CNRS - réalisée sur le projet hydroélectrique phare d’EDF à l’international, le barrage de Nam Theun 2 au Laos ! - vient de confirmer les craintes des environnementalistes : les barrages tropicaux, du fait de la décomposition de la végétation dans les retenues d’eau, émettent des quantités bien plus importantes que supposées de méthane, un gaz à effet de serre plus puissant que le CO2.
Olivier Petitjean
Observatoire des multinationales
www.multinationales.org/

Pourquoi un Observatoire des multinationales ?
Parce que l’information sur les pratiques et les impacts des grandes entreprises multinationales est trop importante pour être laissée aux services de communication de ces mêmes entreprises.
Parce que les informations pertinentes et complètes sur les pratiques des grands groupes et leur impact restent trop rares ou trop dispersées, noyées sous le jargon boursier ou managérial, les stratégies marketing ou, à l’inverse, les dénonciations simplificatrices.
Parce qu’une information plurielle et contradictoire, donnant la parole à toutes les parties et notamment aux travailleurs et aux communautés où les entreprises sont implantées, est indispensable pour s’assurer que le développement des grands groupes apporte une contribution positive et reste compatible avec la démocratie et avec la justice sociale et environnementale.
Parce qu’il n’existait pas réellement de pôle indépendant d’information et de ressources en langue française sur les pratiques des entreprises multinationales – et notamment les grands groupes français.

Les Potiguara racontent

La communauté Potiguara de l'aldeia Forte, Baia da Traiçao dans l'état du Paraiba, s'est investie dans une action destinée à favoriser la lecture et l'écriture chez les jeunes enfants. Pour cela des conteurs ont été sollicités. Grâce à leurs captivantes histoires, les enfants se sont lancés dans la rédaction en commun de nouvelles histoires. Celles-ci ont été publiées sous forme de cahiers dont chaque enfant a reçu un exemplaire.
L'action va se poursuivre jusqu'aux grandes vacances prochaines. En parallèle, des livres seront acquis pour continuer l'incitation à la lecture. Peut-être un futur Jorge Amado surgira-t-il parmi ces enfants ?

Les porteurs de projets ont édité un DVD de cette opération. Il s'intitule "Da contaçao ao livro" (du conte au livre).  Un exemplaire a été remis à l'association.

Notre soutien financier est toujours modeste mais régulier et les sommes investies ont permis de faire démarrer des actions qui ont pu se développer et obtenir d'autres soutiens.

Voici deux photos de cette action Du conte au livre :



Une brocante pour les projets Potiguara

Le 31 mai l'association a occupé deux stands comme tous les ans à la brocante organisée dans le quartier de la Krutenau, au centre de Strasbourg. Cette brocante attire une foule importante et nous donne l'occasion de nous faire connaître car nous avons la chance d'être toujours placés au début de la rue à un carrefour stratégique. Comme d'habitude nous avons fait appel aux bonnes volontés pour rassembler les objets à vendre et assurer la vente toute la journée. Nous avons réalisé 800 € qui sont destinés à financer nos projets auprès du peuple Potiguara. Cette année, la somme sera consacrée à continuer le projet de contes pour inciter les jeunes à la lecture. D'autres projets sont en cours de développement, axés plus concrètement sur l'éducation à l'environnement.

Voici une image de la brocante


lundi 16 juin 2014

Brésil, Brésil ! son foot et ses indiens - le gouvernement autiste



ICRA News

Plusieurs mouvements sociaux brésiliens profitent en ce moment de l’importance symbolique de la Coupe du monde de football pour exercer sur leur gouvernement des pressions de dernière minute. Le plus virulent d’entre eux est le mouvement indien même s’il tend curieusement à passer inaperçu à l’étranger. C’est aussi celui qui a, depuis longtemps déjà, prévu des manifestations dès le coup d’envoi de l’événement sportif, sans souci de leurs coups politiques auprès de l’opinion publique, conscient que cette “tribune médiatique” disparaîtra après la finale du 13 juillet, au nouveau stade Maracana (Rio de Janeiro).


On compte désormais près d’une mobilisation indienne par jour en divers points du pays. A chaque fois pacifiques, ces manifestations sont pourtant réprimées par la police, un usage systématique et démesuré de la force dont aucun autre mouvement social n’a à souffrir. Le 27 mai, la police a violemment dispersé une manifestation indigène à Brasilia, usant de balles en caoutchouc. On a même pu voir le vieux leader indien Raoni, le plus emblématique des chefs traditionnels, le plus “nobelisable”, victime de gaz lacrymogènes devant le stade Mané-Garrincha.

Si révolte indienne il y a pendant cette Coupe du monde, le gouvernement brésilien en portera la grande responsabilité. Car les divers gouvernements de gauche au pouvoir depuis 2003, sous les présidences de Lula da Silva d’abord puis de Dilma Rousseff depuis 2011, s’ils ont su satisfaire régulièrement les revendications des secteurs les plus marginalisés de la population, ont évité de s’attaquer aux menaces graves qui continuent de peser sur plusieurs communautés indiennes, s’aliénant les grandes ONG de ce mouvement et leur principal allié, le Conseil indigéniste missionnaire (CIMI).

Comment les Indiens en sont-ils venus à ranger une gauche de gouvernement, censée défendre les plus humbles, comme un adversaire des Indiens ?

Tout d’abord, le gouvernement, depuis 2003, s’est massivement appuyé politiquement sur la bancada ruralista, ces grands propriétaires terriens dotés de mandats électoraux. Voués notamment la culture du soja, dont l’exportation vers l’Asie garantit des revenus importants à l’économie brésilienne, ces propriétaires, très conservateurs, solidaires, ont accumulé un grand pouvoir politique et symbolique. Le plus emblématique d’entre eux est l’ex-gouverneur du Mato Grosso et le plus important producteur de soja au monde, Blairo Maggi, dont l’importance politique colossale pour le gouvernement lui a valu l’octroi de quatre matchs du premier tour dans sa capitale, Cuiaba, alors que des villes autrement plus peuplées ne figurent pas sur la carte du Mondial. Pour ces propriétaires, pour les éleveurs, pour les secteurs miniers, les Indiens continuent de représenter un obstacle à la concentration terrienne.

C’est dans le Mago Grosso do Sul que la situation des Indiens est aujourd’hui la plus dramatique. Les communautés guaranis ne trouvent aucun soutien véritable dans les différents niveaux de l’Etat brésilien. Sur les 60 chefs indiens assassinés au Brésil en 2012, près des deux tiers étaient guaranis. Harcelées par les propriétaires terriens et leurs pistoleiros, ces communautés sont aujourd’hui exsangues. Divers documents vidéo récents disséminés par CIMI montrent ces hommes de main ouvrir impunément le feu sur des manifestants guaranis, et parfois à l’intérieur de leurs villages. Un des grands échecs du gouvernement brésilien du Parti des travailleurs aura été son inhabilité, depuis 2003, à combattre l’impunité judiciaire en milieu rural.

A ces situations il faut ajouter la défaite récente de Belo Monte, où le gouvernement, passant outre aux violations des droits constitutionnels et internationaux des Indiens, a autorisé la construction d’un immense barrage hydroélectrique inondant des terres ancestrales de plusieurs communautés et, dès lors, empêchant leur capacité de reproduction sociale. Mais c’est surtout la proposition d’amendement constitutionnel PEC 215, un véritable “coup” anti-indien, qui pousse, en pleine Coupe du monde, le mouvement indigène à agir.

Cet amendement représente une menace potentiellement dévastatrice, non seulement sur les Indiens mais également sur l’écologie, menace dont on ne doit désormais plus s’étonner qu’elle vienne d’un gouvernement de gauche allié, à chaque rouage de l’Etat, à la bancada ruralista. Parce qu’il reformulerait les conditions d’obtention du statut de réserve indigène, cet amendement vise à satisfaire ceux qui convoitent les terres indiennes pour les exploiter. Sonia Guajajara, une dirigeante de l’Association des peuples indigènes du Brésil (APIB), en parle comme d’une menace d’extermination. La situation s’est envenimée le 3 juin, avec le refus désormais des représentants indigènes de participer à toute négociation avec le gouvernement, alourdissant les menaces d’un conflit social ouvert pendant la Coupe du monde.

On arrive donc à ce paradoxe qu’une série de gouvernements de gauche, portés par le Parti des travailleurs, a bafoué de façon systématique les intérêts et droits du secteur le plus démuni et le plus désarmé politiquement de la population brésilienne. Alors que les gouvernements de droite des années 1980 et 1990 pouvaient céder aux campagnes pro-indiennes et aux pressions de l’opinion publique internationale, ceux de gauche y apparaissent insensibles.

Que risque-t-il de se passer près des stades ? Des actions dans les capitales d’Etat les plus hostiles aux intérêts indiens, comme Cuiaba, sont improbables. Même chose dans les Etats sans large population indienne, comme Porto Alegre, Fortaleza, Natal ou Recife. Par contre, Manaus, Rio, São Paulo et surtout Brasilia, voire Salvador, font partie des plans désespérés des organisations indiennes pour attirer enfin l’opinion sur leur sort. Le plus grand défi médiatique pour le gouvernement serait que les peuples les plus capables de spectaculariser un conflit, notamment les Xavante et les Kayapo, se joignent aux manifestations.
Jean-Philippe Belleau
Professeur à l’Université du Massachusetts-Boston et membre du réseau des experts du GITPA pour l'Amérique latine
Article publié dans le quotidien Le Monde, le 12 juin 2014

Sao Paulo : l’étrange omission télévisée de la cérémonie d’ouverture

Un jeune enfant Blanc, une jeune fille Noire et un jeune garçon Indien sont entrés côte à côte sur le terrain du stade de Sao Paulo pour la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde, jeudi en fin d’après-midi. Ensemble, ils ont lâché une colombe blanche au milieu du rond central devant les centaines de caméras de télévision. Les joueurs brésiliens et croates applaudissent la scène. Le coup d’envoi est prévu dans quelques secondes.

Les trois jeunes messagers de la paix reviennent alors sur leur pas. Au moment de quitter le terrain, le jeune Indien met la main dans sa poche et sort une banderole rouge sur laquelle est écrit “demarcação” (démarcation, en français). L’image est forte mais elle n'est pas diffusée. Ce geste de protestation ne sera pas retransmis aux télévisions du monde entier.

Etrange omission. La petite banderole du jeune Indien de 13 ans est un appel au gouvernement fédéral de Brasilia pour qu’il poursuive et consolide la démarcation des terres indiennes au Brésil. Une lutte ancestrale qui connait ces dernières années une mobilisation toujours un peu plus importante en raison d’une intensification des procédures visant à réduire ou à affaiblir les droits constitutionnels des Indiens. Dans les Etats, les conflits fonciers et les expulsions de terres “réoccupées” par les Indiens, comme dans le Mato Grosso do Sul, s'enveniment. Des centaines de procès sur la délimitation des territoires se multiplient et paralysent le processus de démarcation de 90 % des terres indigènes.

Le jeune Indien habite dans le village - aldeia -  Krukutu, dans la région de Parelheiros, à l’extrême sud de la mégapole pauliste. Cette communauté vit dans des conditions précaires. Elle attend une décision du ministère de la justice pour obtenir un terrain plus grand.

Interrogé par l’hebdomadaire Carta Capital, le cacique de l’aldeia Fabio Jekupé a dit ne pas avoir été surpris par cette coupure de l’image : “Ils ne veulent pas voir ce genre de chose, ils veulent uniquement montrer la paix entre les peuples pour dire à quel point tout va bien, mais la réalité n’est pas celle-là.“ A ce jour, les organisateurs de la cérémonie d’ouverture n’ont pas réagi à la divulgation des photos du jeune Indien à la banderole rouge.
Nicolas Bourcier
www.bresil2014.blog.lemonde.fr

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jeudi 20 mars 2014

Amazonie : EDF et GDF Suez étudient les terres indigènes avec l’appui de l'armée - repris de ICRA International


ICRA News


Après Belo Monte, le bassin du rio Tapajós, l’un des principaux affluents de l’Amazone, est la nouvelle cible des constructeurs de grands barrages. Le gouvernement brésilien voudrait faire construire au moins quatre nouveaux grands barrages dans cette région préservée, à la biodiversité unique, et il a missionné un groupe d’entreprises - dont les françaises EDF et GDF Suez – pour réaliser les études d’impact environnemental. Pour prévenir toute velléité de rébellion chez les tribus de la zone, il leur a aussi donné l’appui de l’armée… Ou comment deux entreprises françaises se retrouvent au cœur du conflit de plus en plus tendu entre gouvernement brésilien et populations indigènes.

Groupe d’études du Tapajós (GET) : un nom en apparence inoffensif qui cache une démarche nettement plus contestable. Celle de construire, après Belo Monte et d’autres, une nouvelle génération de grands barrages amazoniens, dans le bassin encore préservé du rio Tapajós et de ses affluents, comme le rio Teles Pires. Au moins quatre nouveaux barrages sont prévus dans la région, qui abrite une biodiversité très riche, mais encore mal connue, et des milliers d’indigènes. Le GET, qui regroupe diverses firmes privées sous l’égide de la compagnie publique d’électricité Eletrobras, est chargé d’étudier la région en vue de réaliser les études d’impact environnemental des futurs barrages.

Deux entreprises françaises sont parties prenantes du GET : les sœurs rivales EDF et GDF Suez. La seconde a construit récemment plusieurs nouveaux barrages au Brésil, dont celui de Jirau ; la seconde aimerait bien en faire de même. Toutes deux ont signalé, par le passé, leur intérêt à participer, au-delà des études d’impact, à la construction et à la gestion des futurs barrages du rio Tapajós. EDF a soumis sa candidature aux enchères pour le barrage de Sinop sur le Teles Pires et, malgré son échec, était récemment en discussion pour racheter une partie du consortium vainqueur. En revanche, l’entreprise a choisi de ne pas participer aux enchères pour le barrage de São Manoel (toujours sur le Teles Pires), qui ont eu lieu en décembre dernier – ni d’ailleurs GDF Suez, qui s’était déclarée un temps intéressée, mais semble avoir jugé les risques trop élevés. Interrogée en décembre dernier, EDF déclarait alors réfléchir à une éventuelle candidature pour construire le barrage de São Luiz do Tapajós, sur la rivière du même nom – les enchères sont prévues pour septembre 2014, comme pour le dernier barrage projeté, celui de Jatobá.

Après les barrages de Jirau et Santo Antonio et, surtout de Belo Monte, le rio Tapajós apparaît désormais comme le nouveau front de la bataille politique et médiatique que se livrent, d’un côté, le gouvernement brésilien et ses alliés industriels, et de l’autres, les populations indigènes et le mouvement environnementaliste international. Si les promoteurs de ces barrages estiment qu’il s’agit d’un sacrifice nécessaire pour assurer l’indépendance énergétique du Brésil, les critiques soulignent, comme dans le cas de Belo Monte, qu’il s’agit surtout de favoriser le développement du futures mines (notamment d’or) dans la région. À terme, ce sont pas moins de douze barrages qui pourraient être construits dans tout le bassin.

Militarisation des études environnementales ?

Une partie des barrages projetés sur le rio Tapajós doivent être construits sur le territoire des indiens Munduruku, l’une des principales tribus amazoniennes, qui compte environ 13 000 membres. Ils ont déjà fait savoir qu’ils étaient prêts à s’opposer par la force, au besoin, à la construction des barrages. Même si, en théorie, leurs villages ne seront pas inondés, les Munduruku craignent les conséquences de la modification de l’hydrologie du fleuve, la destruction de la biodiversité, et l’impact social des futurs chantiers, et de l’afflux de migrants qu’ils ne manqueront pas d’occasionner. Un de leurs sites sacrés, les chutes de Sete Quedas, a d’ailleurs déjà été détruit du fait des travaux d’aménagement sur la rivière.

Il y a quelques mois, des Munduruku ont capturé trois scientifiques du GET – ils leur reprochaient de ne pas avoir été consultés au préalable avant leurs démarches de prospection. Ces experts ont été ensuite libérés. Mais ces événements expliquent sans doute le décret étonnant promulgué récemment par le gouvernement brésilien : un décret qui octroie le soutien de l’armée nationale à tous les projets de réalisation d’études d’impact social ou environnemental sur les terres indigènes, et interdit aux populations locales de manifester contre ce genre d’études.

Un décret directement lié aux événements du rio Tapajós, que les indigènes ont baptisé « décret de la répression ». Selon les Munduruku, depuis cette décision, “la police et les forces armées encerclent nos villages. Ils pensent qu’ils peuvent nous intimider, mais nous ne serons jamais intimidés”. Selon eux, la réalisation des études d’impact n’est qu’une manière de les mettre devant le fait accompli.

Localement, les projets de barrages n’ont pas que des opposants, certains espérant qu’ils amèneront avec eux le développement. Des journalistes qui ont assisté à l’une des « auditions publiques » destinées à « consulter » les populations sur le projet de barrage de São Manoel décrivent “un exercice de relations publiques”. Une partie de la Justice brésilienne conteste le principe même de ces auditions publiques, au motif que les indigènes devraient auparavant, au regard du droit international, pouvoir donner leur « consentement libre, préalable et informé ». “En militarisant fortement la région, le gouvernement a rompu le dialogue avec ces populations et a rendu impossible l’organisation d’une consultation préalable adéquate”, a déclaré à Al-Jazeera le procureur du Pará Felicio Pontes. Avec d’autres procureurs, celui-ci a même réussi à faire annuler, temporairement, une audition. Mais, comme souvent en matière de grands barrages au Brésil, cette décision de just ice a été annulée grâce à une disposition légale datant de la période de la dictature, qui permet au pouvoir exécutif de suspendre les règles du droit lorsque la « sécurité nationale » est en jeu.

Ces développements montrent combien, en matière de grands barrages, la réalisation des études d’impact n’a rien d’anodin. Symbole de l’opacité du processus, les scientifiques mandatés ont d’ailleurs interdiction absolue de parler à la presse. Les études d’impact sont déterminantes pour l’octroi des licences administratives, et ensuite pour les programmes de « compensation » sociale et environnementale auxquels les constructeurs du barrage seront tenus.

Selon les critiques, le travail des experts du GET vise surtout à donner l’impression aux communautés locales que la décision de construire les barrages est un fait accompli : l’objectif est d’“intimider et coopter les communautés locales, en donnant l’impression que les barrages sont un fait accompli et qu’ils vont retirer beaucoup d’argent de ces projets.”, selon Brent Milikan de l’ONG International Rivers. Le site internet du GET affiche d’ailleurs la couleur : il n’y est question que de “lever les doutes” et “démystifier les barrages”. Que des entreprises comme EDF et GDF Suez (entre autres) participent au GET constitue aussi une situation de conflit d’intérêts dès lors que ces mêmes entreprises sont intéressées à la construction de ces mêmes barrages, ou d’autres.

Recul des droits des indigènes ?

Les Munduruku ont été rejoints dans leur lutte par des tribus voisines, alliées traditionnelles, et bénéficient du soutien des autres peuples indigènes du pays. Ces derniers sont très remontés contre les grands projets lancés en Amazonie et dans le reste du Brésil ces dernières années, dont le mégabarrage de Belo Monte ne constitue que la face la plus visible. Cinquante guerriers Munduruku ont occupé en décembre 2013 un bâtiment officiel du gouvernement à Brasilia – celui-là même qui abrite l’administration qui a le pouvoir de décider de « suspendre » les décisions de justice au nom de la sécurité nationale.

Pour les indigènes brésiliens, le décret adopté par le gouvernement de Dilma Roussef autorisant le recours à l’armée pour réaliser les études d’impact du Tapajós s’inscrit dans une tendance au recul des droits des peuples indigènes dans le pays. Le processus de démarcation officielle des terres indigènes, prévu par la Constitution de 1988, est au point mort. Plusieurs projets législatifs ou décrets ont été introduits par la Chambre des députés et/ou par le gouvernement de Dilam Roussef pour limiter les droits juridiques des indigènes sur leurs propres terres et régulariser la situation des grandes exploitations agricoles.

Olivier Petitjean
www.multinationales.org
Photo : Amazon Watch

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